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Date de mise à jour : 01/05/2024 (44 nouvelles épaves, 38 mises à jour, 41 nouvelles photos et images)

SONIA

Espagne

45' N de Land's End
Canonné, le 18 octobre 1984

Sonia
Le Sonia

Caractéristiques

SONIA, chalutier en bois, IMO 7363281, 330 brt, 142 net, lancé en 1974 par les Astilleros de Santander S.A., Santander pour le compte de l'armement Daniel Pons Ramirez, Santander. Ce chalutier mesure 39,98 mètres de long, 7,83 m de large pour un creux de 3,5 mètres. Il est propulsé par un moteur diésel de huit cylindres (320 x 450 mm) fabriqué par Klockner-Humboldt- Deutz, d'une puissance de 1044 kW.
Le Sonia était sous les ordres du capitaine Victor Maria Uribe Echevarria et comptait 16 hommes d'équipage.

Le naufrage raconté par la presse

Caricature Le Marin

Nouvel Incident hispano-communautaire : un chalutier espagnol, une fois de plus du port basque d'Ondarroa et qui refusait de se laisser arraisonner, a été mitraillé, vendredi dernier, par un patrouilleur de la marine de guerre Irlandaise, le soupçonnant de pêcher Illégalement dans les eaux de ce pays.

Tout a commencé à midi : le navire Irlandais AISLING, chargé de la protection des pêches, s'approche du chalutier espagnol SONIA, au large des côtes du comté de Wexdorf (sud-est de l'Irlande), pour l'arraisonner. Selon la version officielle Irlandaise, le SONIA (un bâtiment qui jauge 300 tonnes) ne répond pas aux avertissements du AISLING, qui plus est, tente de l'aborder - fait nié par les marins espagnols - et prend la fuite à grande vitesse vers les eaux britanniques, au milieu d'une forte tempête.
Le patrouilleur se lance à sa poursuite et commence à tirer, sans avertissement, selon l'équipage du SONIA. Pendant les quatre heures de cette course-poursuite, les autorités irlandaises ont reconnu avoir tiré 596 fois dans "l'intention de toucher le navire et non l'équipage".
"Ils ont tout cassé, le pont, les machines, les appareils de transmission et c'est un miracle s'il n'y a pas eu de mort", a déclaré le second du Sonia, M Sabino Zubicarral, tout en assurant que son chalutier ne pêchait pas de façon illégale. "Nous allions seulement nous réfugier prés de la côte irlandaise en raison de la tempête", affirme-t-il.
Vendredi, vers 23 h, une fois dans les eaux britanniques, après avoir réussi à s'échapper, le chalutier espagnol lance un signal de détresse qui allait être capté par les gardes-côtes de Cornouailles (sud-ouest de l'Angleterre). Un cargo de la marine marchande allemande, l'ACHAT, de passage dans la zone, recueille trois marins du SONIA qu'il débarquera à Waterfood où il se dirigeait Interpellés par la police irlandaise, les pêcheurs espagnols sont remis en liberté sans aucun chef d'inculpation. Le reste de l'équipage a été récupéré sain et sauf par trois hélicoptères britanniques. Les seize marins du chalutier ont regagné l'Espagne dimanche et lundi derniers.
Cet incident, le plus grave jamais enregistré dans les eaux irlandaises, ressemble singulièrement à l'arraisonnement du VALLE DE ACHONDO, en mars dernier, dans le golfe de Gascogne, par la marine de guerre française, qui s'était soldée par l'amputation d'un marin d'Ondarroa Mais, si la colère et l'indignation avaient été alors à leur comble dans l'opinion publique espagnole, cette fois-ci les autorités espagnoles ont manifestement voulu minimiser l'affaire. L'ambassadeur d'Espagne à Dublin. M Luis Jordana. de Pozas. a été encore plus loin en défendant l'action de la marine irlandaise, ce qui lui a d'ailleurs valu d'être durement critiqué. Il est vrai que ce nouvel incident était vraiment inopportun, survenant dans une étape difficile des négociations pour l'adhésion de l'Espagne à la C.E.E. qui buttent sur l'épineux dossier de la pêche. Ironie du sort, le Conseil des ministres des pays de la Communauté est actuellement présidé par l'Irlande. Autant de problèmes qui ont amené gouvernement de Felipe Gonzalez à une réaction modérée. Conséquence de cette attitude, les négociations hispano-communautaires ont été débloquées lundi, lors d'une réunion à Luxembourg.

La réaction nuancée de Madrid s'explique aussi par le fait que, cette fois-ci. il n'y a pas eu de victime, et par l'absence d'un contentieux avec l'Irlande semblable au problème basque existant avec la France. On peut se demander d'autre part pourquoi les pêcheurs basques prennent autant de risques ? Armateurs et pêcheurs développent toujours les mêmes arguments : "Bruxelles, en réduisant chaque année le nombre des licences communautaires à l'Espagne, ne nous laisse pas le choix".

L'Irlande : "Nous n'avons pas coulé le SONIA.

Deux jours après le naufrage du chalutier espagnol en mer d'Irlande, le ministre, Peter Barry, à Luxembourg, a remis à son collègue espagnol sa version écrite des faits : il accuse le patron du SONIA de comportement extrêmement dangereux et irresponsable", et prétend que ce navire n'a pas coulé "du fait du mitraillage". Affirmation pour le moins osée, mais le film de l'action, tel qu'il ressort du document, rappelle, côté français, un film bien connu.
Le garde-côte AISLING a poursuivi le SONIA, entre 11 h 30 et 16 h 30, dans les eaux irlandaises. II avait été repéré deux jours plutôt par avion au sud des îles Saltee, à 30 milles à l'intérieur de la zone exclusive et sans licence. L'ordre de mettre en panne a été systématiquement ignoré, ainsi que les coups de semonce.
Au contraire, le SONIA a "fait des tentatives d'abordage répétées à grande vitesse contre le garde-côte, forçant ce dernier à des manœuvres de repli". Comme dans le cas du VALLE DE ACHONDO. Le chalutier avec son épais bordé de bois n'a aucun complexe à tenter d'enfoncer la fine coque d'acier du navire de surveillance. Le décompte des balles tirées à la mitrailleuse et au pistolet mitrailleur permet de mesurer la dramatisation du conflit le AISLING a d abord tiré en l'air 102 balles d'exercice (chargées de sable), puis 275 balles traçantes (sans projectile métallique). Il a ensuite tiré dans la coque 40 balles d'exercice, enfin dans le château ont été tirées 119 balles de combat (destinées à tuer) et 50 balles traçantes de 7.62. Le document précise que "la plupart des salves vers le bateau ont été tirées pour dissuader le SONIA d'enfoncer la coque du AISLING. En somme, le SONIA s'est comporté en situation de guerre véritable et l'autre n'a pu que se prendre au jeu. Les rappels à la raison, par radio (V.H.F. canal 16) du AISLING et même de l'ambassade d'Espagne, tel qu'évoqués au "Marin" par le porte-parole irlandais, ont quelque hcose de pathétique et d'étonnamment naïf : "Ce que vous faites est enfantin et inconsidéré... Ne risquez pas davantage vos vies et les nôtres, stoppez les machines Immédiatement..." En face En face, silence de mort évidemment. Malgré les 600 balles tirées. l'Irlande prétend n'avoir pas coulé le Sonia : c'est que "nous avons Interrompu la poursuite à 16 h 10, pour des raisons humanitaires, nous réservant de poursuivre l'Incident au niveau ministériel. Sept heures après la fin de la poursuite, le SONIA a coulé à des dizaines de milles dans les eaux britanniques, par vent de force 9 (les seize membres de l'équipage étant recueillis par un hélicoptère britannique et un cargo allemand). C'est donc la tempête, et pas nous, qui a eu raison du SONIA".

Faut-il croire cette explication ? Enfin. Dublin accuse le capitaine du SONIA de mensonge celui-ci. une fois recueilli, a prétendu n'avoir pu recevoir les objurgations du AISLING, sa radio étant détruite par une balle Mais juste avant la fin, il était fort capable d'envoyer son S.O.S., par V H.F.

Enquête : Dominique Orin, Éric Meyer. Le Marin (26/10/1984)

Times
The Times, October 22, 1984

Tirs sur l'équipage : ils ont pensé qu'ils allaient mourir
16 marins espagnols secourus lorsque leur chalutier a coulé après avoir été touché par une corvette irlandaise ont été rapatriés hier, les deux gouvernements s'étant empressés d'apaiser une querelle diplomatique. L'Irlande préside cette semaine le cycle de négociations des ministres des affaires étrangères de la Communauté européenne, qui doit discuter de l'entrée de l'Espagne sur le marché le 1er janvier 1986.
A Barcelone, le ministre espagnol des affaires étrangères, M. Fernando Moran, a déclaré que cette affaire, qu'il avait précédemment qualifiée de "grave et regrettable", n'affecterait pas les négociations. L'Irlande assure actuellement la présidence de la Communauté européenne et M. Moran doit rencontrer M. Peter Barry, son homologue irlandais, lors d'un dîner à Luxembourg ce soir. Protestation officielle Mais Dublin doit faire une protestation officielle à Madrid, alléguant que le SONIA pêchait illégalement lorsqu'il a été approché par la corvette garde-pêche de 972 tonnes AISLING. Les pêcheurs espagnols, qui ont été transportés en Cornouailles après avoir été secourus par un hélicoptère Sea King de R A F Brawdv dans le sud du Pays de Galles, ont quitté Plymouth à bord d'un ferry et sont attendus à Santander aujourd'hui. Ils ont passé la nuit dans un hôtel de Plymouth, où ils ont regardé "Match of the Day" et bu un whisky offert par une équipe de tournage.
Romero Agapito, 39 ans, de Saint-Sébastien, a déclaré : "Nous avions fini de pêcher et j'étais dans ma couchette quand j'ai entendu des coups de feu. Nous avons été touchés dans la timonerie et sur la coque. Il y avait des trous partout et la radio a été touchée. "Il y a eu un coup de vent de force 9 et les étraves étaient sous l'eau quand l'hélicoptère nous a récupérés. Nous avons cru que nous allions mourir."
Le SONIA a été touché par 600 coups de fusil et de mitrailleuse légère alors que l'AISLING le poursuivait pendant quatre heures dans les eaux britanniques au large de la Cornouaille. La marine irlandaise a déclaré que les tirs ont commencé lorsque le SONIA a essayé d'éperonner l'AISLING, qui avait reçu l'ordre de ne pas utiliser son canon Bofors de 40 mm, et Dublin a nié avoir fait suffisamment de dégâts pour couler le chalutier.

 Trois membres de l'équipage, dont le capitaine, Victor Uribe, avaient abandonné le navire en train de couler. Ils ont été récupérés par un cargo ouest-allemand et emmenés à Waterford. Après avoir été interrogés par la police, ils ont été "relâchés" et tous les trois sont rentrés chez eux hier. Au cours de l'année dernière, 52 bateaux de pêche espagnols ont été saisis dans les eaux irlandaises et condamnés à des amendes pouvant atteindre 100 000 euros pour pêche illégale. Ces lourdes amendes ont permis à la marine irlandaise la distinction d'être la seule au monde à s'autofinancer. La flotte de pêche espagnole est plus importante que celle de tous les pays de l'Union européenne réunis et les pêcheurs irlandais ont demandé hier l'interdiction complète des bateaux de pêche espagnols dans les eaux irlandaises.

M. Frank Doyle, secrétaire général des pêcheurs irlandais, a déclaré que l'interdiction doit être établie avant que l'Espagne ne rejoigne la Communauté européenne, "sinon nous aurons plusieurs centaines de chalutiers espagnols dans nos eaux, ignorant toutes les règles".
Une centaine de bateaux espagnols sont autorisés à pêcher certaines espèces dans les eaux irlandaises, principalement au large de la côte ouest, mais on prétend qu'un nombre égal d'entre eux pêchent illégalement.

Les cinq grands pays de pêche de la Communauté européenne, la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, le Danemark et l'Irlande, partagent une profonde méfiance à l'égard des pêcheurs espagnols et craignent que l'entrée de l'énorme flotte espagnole dans les eaux communautaires ne mette rapidement plusieurs de leurs propres chalutiers en faillite. Selon les chiffres actuels, l'Espagne disposerait de 70 % de la capacité de pêche totale de la Communauté européenne élargie.

Plutôt que de mettre en péril la date prévue pour l'entrée de l'Espagne, la Grande-Bretagne et d'autres pays suggèrent de laisser le problème de la pêche à l'appréciation de l'UE après l'élargissement. En particulier, les cinq pays soutiennent un plan visant à prolonger de dix ans l'exclusion actuelle de l'Espagne de la politique commune de la pêche. Cette mesure aurait pour effet d'exclure les bateaux espagnols des zones de pêche de la CEE et serait réexaminée au bout de huit ans. Si un accord s'avérait toujours impossible, l'interdiction resterait en vigueur pendant 15 ans.

titre
ABC Madrid (22-10-1984 página 9)

Les balles ont traversé la coque et ont rebondi.

Madrid. Fernando Delgado Victor Maria Uribe Echevarria, capitaine du bateau de pêche espagnol SONIA, qui a été abattu par un garde-côte irlandais vendredi soir, a déclaré hier à Madrid que son bateau transportait une cargaison de deux à trois tonnes de poisson qui ne provenait pas des eaux irlandaises. Il a également réitéré qu'ils n'avaient pas été avertis des tirs et qu'ils n'avaient pas pu contacter l'ambassadeur espagnol à Dublin "parce qu'il n'était pas possible de rester sur le pont".

Víctor Manuel Uribe est arrivé peu avant 19 heures à Madrid, par un vol en provenance de la capitale irlandaise, accompagné de deux autres membres de l'équipage du chalutier basque, Eladio García Barros et Celso Alonso Martinez, qui confirment avec la déclaration du capitaine.

Avec un certain calme, malgré la hâte de prendre l'avion pour Bilbao, qui partait à sept heures et demie, le capitaine du SONIA "psychiquement et physiquement éprouvé", a insisté sur le fait qu'à tout moment, les seize membres de l'équipage craignaient pour leur vie, car "les balles perçaient la coque du bateau et beaucoup d'entre elles rebondissaient. "Nous n'avons jamais reçu aucun avertissement du patrouilleur irlandais", a déclaré le capitaine, ce qui est confirmé par les deux membres d'équipage qui l'accompagnaient. Cependant, ils ont reconnu avoir vu les gardes-côtes irlandais s'approcher.

"Quand nous les avons vus arriver, dit Uribe Echevarria, nous sommes partis immédiatement parce qu'ils ont commencé à tirer, et si nous avons commencé à fuir c'est aussi parce que ces gens, comme les Français, ont tendance à se venger de tout. Il a également insisté sur le fait que la cargaison qu'ils transportaient provenait d'eaux non irlandaises et que s'ils ont été découverts plus tard dans des eaux interdites, c'était parce qu'ils avaient essayé de s'abriter de la tempête.
Selon le capitaine du SONIA, le patrouilleur a commencé à tirer partout et a rendu les appareils de communication inutilisables, ce qui a obligé tout l'équipage à descendre dans la cale, après avoir réglé le pilote automatique et dirigé le bateau vers les eaux britanniques. Selon le second du capitaine, le bateau de pêche s'est enfui vers un petit phare au large des côtes anglaises. "Quand nous avons vu le bateau s'incliner vers l'eau, nous avons dû nous arrêter. C'est alors que nous sommes tombés sur un navire marchand allemand qui n'osait pas s'approcher de nous. Pour cette raison, les trois hommes qui sont à Madrid aujourd'hui sont montés dans une petite nacelle dont est équipé le bateau de pêche et nous avons approché les Allemands. Ils ne voulaient pas s'approcher du SONIA, malgré notre insistance, et ils nous ont donc pris. A ce moment, ils ont averti l'armée de l'air britannique et immédiatement, des hélicoptères sont arrivés pour secourir les treize autres membres d'équipage qui étaient encore à bord du SONIA".
Les trois pêcheurs espagnols sont partis hier matin pour Dublin, depuis la ville irlandaise de Waterford. À Dublin, ils ont été reçus par le ministre conseiller de l'ambassade d'Espagne, Fernando González Camino, qui les a accompagnés à l'aéroport, où ils ont pris un avion Iberia qui les a emmenés à Madrid et de Madrid ils sont partis pour Bilbao

Ailsing
Le Garde-pêche irlandais Ailsing

Notes

1. AISLING (nommé à l'origine d'après le poème de Patrick Pearse , "Aisling", pour commémorer le centenaire de sa naissance.), était un navire de patrouille du service naval irlandais de 1980 à 2016. Il a été construit à Verolme Dockyard, Cork en Irlande et lancé le 3 octobre 1979. Numéro IMO : 7820693, Numéro MMSI : 357088000, Callsign : HO9840. Déplacement : 1019,5 tonnes standard, longueur : 65,2 m, baud : 10,5 m, profondeur : 4,4 mètres. Equipage 46 hommes (5 officiers et 41 matelots). Armement : 1 canon Bofors 40 mm, 2 canons Rheinmetall RH202 20 mm, 2 mitrailleuses 7,62 mm GPMG.

2. Ondarroa : Ondarroa en basque ou Ondárroa en espagnol est une commune de Biscaye dans la communauté autonome du Pays basque en Espagne. C'est un important port de pêche de la côte basque. L'étymologie qui est donnée au nom d'Ondarroa est celle de "bouche de sable", qui provient de ondar (tza) sable, et ahoa bouche en basque. C'est un des principaux ports de pêche de la région cantabrique.

Ondarroa

Sources

New-York Times (October 21, 1984, Page 17) ; Casualty Return (1984) ; The Times (October 22, 1984) ; Le Marin (26/10/1984)